La pénurie de médecins et de pharmaciens en Belgique défie les idées reçues. En effet, ces professions jouissent d’une image valorisée, d’une attractivité indéniable, et d’une reconnaissance sociale élevée. Pourtant, malgré ces atouts, les postes peinent à être pourvus, laissant des trous béants dans le système de santé. Pourquoi un tel paradoxe ?
Selon le dernier rapport de Randstad, publié le 28 mars dernier, sur l’attractivité des professions, médecins et pharmaciens occupent des rangs élevés en termes de prestige et de désirabilité. Cependant, l’étude révèle aussi des éléments qui expliquent cette pénurie :
Tout d’abord, de nombreux jeunes professionnels hésitent à s’engager dans des carrières où le stress et les horaires à rallonge sont la norme. Le métier de médecin, en particulier, impose des gardes de nuit, des week-ends de travail et une pression constante liée aux responsabilités vitales.
Ensuite, la longueur des études joue un rôle prépondérant. Le parcours pour devenir médecin ou pharmacien est long, exigeant, et coûteux. Alors que les médecins étudient encore, certaines de leurs connaissances engrangent déjà un salaire intéressant. Cette combinaison de facteurs dissuade certains jeunes talents, qui préfèrent se tourner vers des carrières moins chronophages et plus rapidement rémunératrices.
Mais la rémunération n’est pas la seule préoccupation. A niveau égal, l’équilibre vie privée - vie professionnelle joue tout autant. Bien que ces professions offrent des salaires compétitifs, cela ne compense pas toujours la perception que les jeunes talents ont du déséquilibre entre la vie professionnelle et la vie privée que connaissent les médecins généralistes.
De plus, au-delà des consultations et des actes médicaux, les médecins sont confrontés à une charge administrative croissante qui empiète sur le temps consacré aux patients.
Une enquête menée en 2021 auprès de médecins belges et néerlandais révèle que 77 % d’entre eux considèrent que la charge administrative excessive contribue fortement à l’épuisement professionnel. Ce taux dépasse même les 82 % au niveau mondial. L’introduction de dossiers-patients électroniques, bien qu’essentiels pour améliorer la traçabilité des soins, a ajouté de nombreuses obligations bureaucratiques.
Chaque jour, les professionnels doivent encoder des informations détaillées sur l’état des patients, rédiger des prescriptions, remplir des formulaires pour les assurances ou pour l’accès à certains traitements, et gérer les demandes administratives des mutuelles. Ce travail répétitif et chronophage est souvent cité comme l’une des principales sources de stress et de frustration. Le Dr Philippe Kohl, chirurgien cardiaque aux Cliniques universitaires de Liège, souligne que l’absence de formation adéquate à l’utilisation des dossiers électroniques et le manque d’équipes de soutien aggrave ce problème : « Nous ne pouvons pas travailler sans dossiers médicaux électroniques, mais leur mauvaise gestion contribue directement au burn-out. »
La pénurie de médecins et de pharmaciens en Belgique a des répercussions particulièrement préoccupantes pour les personnes âgées. Cette tranche de la population, souvent confrontée à des maladies chroniques et nécessitant des soins réguliers, dépend fortement d'un accès facile et rapide aux professionnels de santé.
En l'absence de personnel médical suffisant, les seniors peuvent faire face à des délais d'attente prolongés pour des consultations, une diminution de la qualité des soins et une augmentation des déplacements vers des établissements de santé éloignés. Par exemple, un rapport du département d’économie appliquée de l’ULB de 2024 a révélé qu'une commune wallonne sur deux se trouvait en situation de pénurie médicale, avec une densité de moins de 90 généralistes pour 100 000 habitants. Certaines communes présentaient même une pénurie sévère, avec moins de 50 généralistes pour 100 000 habitants, ce qui complique l'accès aux soins pour les personnes âgées vivant dans ces zones.
De plus, la continuité des soins, essentielle pour cette population vulnérable, est compromise. Le Conseil national de l'Ordre des médecins belge souligne que la surcharge de travail due à la pénurie pousse certains médecins à ne plus accepter de nouveaux patients, ce qui peut entraîner un déplacement de la charge vers d'autres cabinets ou vers les services d'urgences, augmentant ainsi les temps d'attente et affectant la qualité des soins.
Enfin, la pénurie de pharmaciens peut également impacter la disponibilité des médicaments. Bien que les données spécifiques à la Belgique soient limitées, des rapports indiquent que dans certains pays européens, l’ouverture de nouveaux services pharmaceutiques post-COVID dans plusieurs régions a conduit à une pénurie de pharmaciens.
Ces éléments soulignent l'importance de résoudre la pénurie de professionnels de santé pour garantir le bien-être et la santé des personnes âgées en Belgique.
Les métiers de la santé restent des piliers essentiels de notre société. Mais pour résoudre le problème de pénurie, il semble désormais crucial d’adapter les conditions de travail aux attentes des nouvelles générations. Car l’attractivité sur papier ne suffit plus : il faut que celle-ci se traduise par un réel bien-être sur le terrain.